Joelle Souffir Parcours, Biographie…

Mon père souhaitait que je sois pharmacienne… pas moi !

J’ai su que je voulais réparer les gens quand, adolescente, je l’accompagnais à ses séances de rééducation pour une fracture de genou.

Kinésithérapeute, c’était ma vocation… pas la sienne pour moi !

Conflit, je l’ai gagné, c’est bien loin, je ne l’ai pas regretté.

Les fées

De Simone de Beauvoir à Camille Claudel, de Françoise Giroud à Alma Mahler, de Frida Kahlo à François Dolto, de Marie Curie à Elisabeth Vigée Lebrun, Simone Veil, enfin, c’étaient mes inspiratrices, mes modèles, et les femmes de ma vie…

La vocation

J’entreprends donc mes études, 2 ans à l’époque, ce n’était pas trop pour mon impatience.

Mai 68, je ne peux pas passer mon diplôme d’Etat. Je deviens démonstratrice de parfumerie dans un grand magasin parisien pour quelques mois et quelques sous.

Je côtoie un monde de femmes, de cosmétiques, de parfums, de séductions, de non dits, je côtoie l’entreprise et ses travers, la hiérarchie, l’obéissance. Décidément pas ma tasse de thé !

Enfin novembre 68, j’ai mon diplôme, je suis libre, je fais mes premiers pas… je travaille.

L’entrée dans le vrai monde

J’ai soigné, j’ai réparé, plus ou moins bien. Le monde des autres s’est ouvert à moi. Des richesses, des pauvretés, des émotions, des deuils, des naissances, des maladies, des guérisons, des êtres humains !

Les débuts

Le jour où tout a commencé, un gynécologue, passant devant mon cabinet proche de sa clinique est entré et m’a demandé si je voulais m’occuper de ses jeunes accouchées pour leur faire faire un peu de rééducation abdominale. A l’époque personne ne parlait périnée.

Dès les premiers jours quelque chose me chiffonnait…Comment pouvait-on penser abdominaux quand ce n’était pas vraiment là que ça avait le plus souffert ?

Alors j’ai fait respirer, j’ai fait détendre et j’ai parlé, parlé, parlé… je parle encore !

Parler pour expliquer, situer, repérer son corps, son ventre. Combien de femmes acceptaient de prendre un miroir et de regarder ce qui s’était passé là, comment était une épisiotomie…Même pas une sur 100 !

Corps/esprit

A cette époque, je m’intéressais beaucoup aux « choses du corps », « aux choses de l’âme ». En même temps qu’une analyse personnelle, je me suis intéressée à la sophrologie, à ses balbutiements,  qui sentait le soufre à l’époque. Hypnotiseurs, charlatans…

Comment faire le lien ?

Rencontres

Un dimanche soir, dans un TGV qui me ramène d’un séminaire de Sophrologie dans le Midi, je rencontre un ami, Alain Bourcier, très intéressé par le périnée, qui me présente un jeune interne gynécologue, aujourd’hui Professeur, Alain Pigné, lui aussi préoccupé des dégâts périnéaux, entre autres, et attiré par mon approche de relaxation. Il me propose de venir en faire un peu dans son service hospitalier…

C’est ainsi que je tombai dans la «marmite», gynécologie, incontinence, relaxation, accouchement …

C’est ainsi que je m’y trouve toujours !

Entre temps, en 1985, on reconnaissait l’importance de la rééducation urogynécologique, le Ministère de la Santé autorisait les kinésithérapeutes à ajouter cette spécialité à leur domaine de compétences.

En 1985, je faisais un second enfant.

En 1986, je devenais Cadre Enseignante en Kinésithérapie.

En 1987, je devenais Enseignante à l’Ecole de kinésithérapie fondée par Boris Dolto, icône des techniques de travail manuel, du lien corps-esprit.

Peu d’enseignants transmettaient à l’époque ces connaissances.

C’était parti

En 1987, je décidai d’abandonner la kinésithérapie classique pour ne plus m’occuper que d’urogynécologie, ancien nom de la pelvipérinéologie d’aujourd’hui.

J’ai enseigné, j’ai formé et j’ai été formée, j’ai écrit, j’ai communiqué, j’ai beaucoup écouté. La liste serait fastidieuse !

Les femmes voyaient s’ouvrir à elles la connaissance de leur corps et elles ont été et sont toujours, les meilleures représentantes… Pour une fois, ce n’était pas les mères, ni les grands-mères qui savaient et qui expliquaient, mais c’est elles qui conseillaient leurs aînées.

Beaucoup de gynécologues, que cela n’intéressait pas auparavant, devenaient conscients qu’il fallait écouter leurs symptômes et leur demande de rééducation. Beaucoup se sont mis à poser les questions qui gênent …

Et la prise de conscience du tabou s’est peu à peu fait jour, la parole se déliait, et l’ampleur des symptômes pelviens se révélait.

Sur la même période, de nombreuses équipes médicales en France et dans bien d’autres pays ont travaillé et communiqué sur ce sujet sous tous les angles : les médicaments, la chirurgie, les explorations, les bilans, les liens notamment avec les pathologies fonctionnelles digestives et anorectales, les comportements sexuels, l’impact des abus, le rôle de l’éducation à la propreté et à la sexualité chez les enfants, la place sociologique et économique du problème, considéré à juste titre comme « de santé publique » .

Les chemins des uns et des autres se sont croisés, de nombreux praticiens travaillent encore. Il y a sans doute encore tant de travail à accomplir !