Joelle Souffir, une femme pour les femmes

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La vocation

Approcher depuis quelques décennies le monde des femmes c’est côtoyer des bonheurs, des sourires, des colères, des victoires, des humiliations, mais aussi des non dits, du charnel, du sexe et des souffrances. Et malgré tout, des énergies, une vitalité que rien ne peut abattre.

Les fées

De Simone de Beauvoir à Camille Claudel, de Françoise Giroud à Alma Mahler, de Frida Kahlo à François Dolto, de Marie Curie à Elisabeth Vigée Lebrun, Simone Veil, enfin, ont été mes inspiratrices, mes modèles, et les femmes de ma vie…

L’entrée dans le vrai monde

Je suis donc devenue kinésithérapeute … j’ai touché, j’ai soigné, j’ai réparé, je me suis trompée, j’ai appris… Le monde des autres s’est ouvert à moi. Celui du travail, celui du couple, celui des naissances et des deuils, celui de la réparation.

Mes débuts dans le périnée

Le jour où tout a commencé, un gynécologue, passant devant mon cabinet proche de sa clinique est entré et m’a demandé si je voulais m’occuper de ses jeunes accouchées pour leur faire faire un peu de rééducation abdominale. A l’époque personne ne parlait périnée.

Dès les premiers jours quelque chose me chiffonnait…Comment pouvait-on penser abdominaux quand ce n’était pas vraiment là que ça avait le plus souffert ?

Alors j’ai travaillé, j’ai expliqué, j’ai communiqué, j’ai parlé,… et je parle encore !

Parler pour faire exister, situer, repérer son corps, son ventre. Que de tabous rencontrés, que de symptômes cachés, non dits, supportés …

Corps/esprit

A cette époque, je m’intéressais beaucoup aux « choses du corps », « aux choses de l’âme ». En même temps qu’une analyse personnelle, je me suis intéressée à la sophrologie, qui sentait le soufre à l’époque. Hypnotiseurs, charlatans…

Comment faire le lien ?

Rencontres

Quelques rencontres passionnantes, quelques partages de compétences brillantes, et c’est ainsi que je tombai dans la «marmite», gynécologie, incontinence, relaxation, accouchement, sexualité …

C’est ainsi que je m’y trouve toujours !

Entre temps, en 1985, on reconnaissait l’importance de la rééducation urogynécologique, le Ministère de la Santé autorisait les kinésithérapeutes à ajouter cette spécialité à leur domaine de compétences.

En 1985, je faisais un second enfant.

En 1986, je devenais Cadre Enseignante en Kinésithérapie.

En 1987, je devenais Enseignante à l’Ecole de kinésithérapie fondée par Boris Dolto, icône des techniques de travail sur le corps, du lien corps-esprit.

Peu d’enseignants transmettaient à l’époque ces connaissances.

C’était parti

En 1987, je décidai d’abandonner la kinésithérapie classique pour ne plus m’occuper que d’urogynécologie, ancien nom de la pelvipérinéologie d’aujourd’hui.

J’ai enseigné, j’ai formé et j’ai été formée, j’ai écrit,  j’ai beaucoup écouté.

J’ai aidé de plus en plus de femmes à re connaitre leur corps. Et ça n’était pas les mères, ni les grands-mères qui savaient et qui expliquaient, mais c’est elles qui conseillaient leurs aînées.

Beaucoup de gynécologues, que cela n’intéressait pas auparavant, devenaient conscients qu’il fallait écouter leurs symptômes et leur demande de rééducation. Beaucoup se sont mis à poser les questions qui gênent …

Et la prise de conscience du tabou s’est peu à peu fait jour, la parole se déliait, et l’ampleur des symptômes pelviens se révélait.

De nombreuses équipes médicales en France et dans bien d’autres pays ont travaillé et communiqué sur ce sujet sous tous les angles : les médicaments, la chirurgie, les explorations, les bilans, les liens notamment avec les pathologies fonctionnelles digestives et anorectales, les comportements sexuels, l’impact des abus, le rôle de l’éducation à la propreté et à la sexualité chez les enfants, la place sociologique et économique du problème, considéré à juste titre comme « de santé publique » .

Les chemins des uns et des autres se sont croisés, de nombreux praticiens travaillent encore. Il y a sans doute encore tant de travail à accomplir !